Jeudi 5 Novembre 2015

Quand Andernos devient petit à petit le bout du monde...

UBA

Avez-vous déjà essayé, en organisant vos vacances, de planifier une ou deux petites sorties en bateau depuis Andernos ?

Avis aux intéressés, retroussez vous les manches, mettez vous au calme et prenez un jour de RTT s'il faut. La balade en bateau, ici, ça se mérite !

Si vous n'avez pas la pile de documentations adéquates ou une expérience aiguë de la navigation multi-arborescente sur Internet, vous risquez de vous décourager très vite !      

Il faut s'y prévoir à l'avance, regarder attentivement les annuaires des marées, essayer de s'y retrouver dans le dédale obscur de la plaquette des horaires uba des navettes maritimes depuis Andernos.

Prévoyez aussi de commencer la journée très tôt, ou de la finir très tard. Ou les deux. Ou alors de faire vos visites au pas de course, en moins de deux heures et demi.

Et puis si vous avez eu le malheur de prendre votre semaine de vacances pendant le mort d'eau, c'est fichu. Pas de bateau...

Pourquoi me direz-vous ... ?

La faute à la marée !

Et en effet, cette année l'Uba n'a pu proposer qu'une seule navette Arcachon – Andernos par jour, et un seul tour de l'île aux oiseaux, le tout à des horaires différents chaque jour, en fonction des marées. Et encore ! seulement les jours où le coefficient de marée était supérieur à 70.

Du fait de la faible hauteur d'eau, l'accostage à la jetée nous était totalement impossible plus d'une heure trente avant ou après le plein mer (i.e. 6h voire même 3 heures par jour seulement le plus souvent !), et encore, ceci seulement en période de vives-eaux (coeff > 70).

Pourtant, les choses étaient bien différentes il n'y a pas si longtemps.

En 2009 encore nous pouvions proposer des navettes plusieurs fois par jour à horaires fixes et 2 tours de l'île dans la journée, le matin et l'après midi.

Alors quoi ? Qu'est-ce qui a changé ? Pourquoi diable en est-on arrivé là ?

Le dragage, ma bonne dame, le dragage !

En 2001 et en 2007 les autorités publiques avaient effectué à chaque fois un dragage important qui permettait de rendre la jetée et l'entrée du chenal d'Andernos bien plus accessibles que ce n'est le cas depuis deux ou trois ans. Les quelques années qui ont suivi ces dragages ont donc été largement profitables à tous les usagers de ce chenal, les touristes comme les professionnels puisque les ostréiculteurs et les pêcheurs sont finalement les premiers concernés par cet accès facilité.

Mais faute d'entretien régulier le fond du Bassin s'ensable et s'envase. Et Andernos au premier chef.

Petit à petit cette ville, pourtant centrale sur le littoral du Bassin, devient de plus en plus reculée, reléguée dans une sorte de bout du monde toujours plus inaccessible, par bateau à tout le moins.

Si, depuis toujours, les habitants du Bassin ont su adapter leur rythme de vie et de leurs déplacements à celui des marées, ils ont aussi su en tout temps aider la nature et entretenir les chenaux avec les moyens qu'ils avaient. (Les rouillettes étaient entretenus avant en remorquant régulièrement au fond de l'eau une sorte de madrier en travers du chenal, ce qui permettait de maintenir une circulation d'eau suffisante pour que les courants entretiennent naturellement les esteys et les chenaux plus importants).



De fait,  si nous voulons maintenir les accès maritimes de certains chenaux, il est nécessaire d'intervenir et de draguer. Mais peut-être faut-il essayer de mettre en place un travail de dragage régulier et de faible importance plutôt que de n'intervenir qu'à intervalles trop espacés dans le temps, ce qui rend finalement le travail pénible et coûteux et qui pose surtout le problème d'une évacuation trop massive, en une seule seule fois qui plus est, des vases ainsi récupérées.

Sachant qu'il ne s'agit pas ici à Andernos de boues portuaires polluées, une évacuation régulière et en petites quantités ne poserait sans doute pas de problèmes majeurs.

Quoiqu'il en soit, il est difficile de se contenter de cet état de fait. Et si incontestablement ce désenvasement est intéressant pour nous au vu de l'activité attendue, Il en va d'abord de l'intérêt des habitants d'Andernos et des touristes. Il est quand même plus agréable, particulièrement l'été quand le temps est de la partie et les routes autour du Bassin saturées d'embouteillages, de venir se balader en bateau entre Andernos et Arcachon.

Au-delà, ce sont même des préoccupations d'ordre écologique, voire la promotion, peut-être, d'un nouveau mode de vie qui devraient nous pousser à développer la navigation entre les différentes villes autour du Bassin. Nos navettes maritimes sont de fait un transport en commun. Un bateau de 49 passagers a forcément moins d'impact sur la dégradation de l'environnement que le même nombre de personnes réparties chacune par deux, trois ou quatre dans leur voiture...

C'est d'ailleurs dans cet esprit que le Bateau-bus fonctionne sur la commune d'Arcachon depuis trois ans maintenant.

Et les gens semblent fortement adhérer à ce type de transport alternatif que représente le bateau sur le Bassin : cette année encore, notre ligne récente le Canon-Arcachon a vu sa fréquentation quasiment exploser !

L'ironie nous fait revenir aux temps anciens. Époque où, avant l'arrivée de la route au Cap Ferret en 1932, beaucoup de déplacement autour du Bassin se faisaient par bateau. Tout le monde ici a entendu le nom du Courrier du Cap, ou encore de l'Oasis, le yacht de Léon Lesca. À l'époque, quasiment tous les villages avaient leur jetée et les marchandises, le courrier et les gens se déplaçaient régulièrement en bateau entre les villes du Bassin. Le fort développement de la voiture dans les années soixante a modifié durablement ces habitudes et a fait que les hommes ont abandonné petit à petit l'entretien de leurs chenaux qui avaient perdu leur rôle de voies de communication.

Mais la société change un peu et nous sommes de plus en plus nombreux à essayer de nous débarrasser de cette habitude du « tout voiture » (les embouteillages autour du Bassin nous y aident bien !). De fait cet été à Andernos, lors des malines (les grandes marées), les hauteurs d'eau nous ont permis quelques jours de pouvoir assurer des rotations plus régulières et de mettre en place des tours de l'île aux oiseaux avec escale qui permettaient aux passagers de faire une balade en bateau et de passer une demi-journée à Arcachon. La demande a été très forte ! Il nous est arrivé d'envoyer plus de 10 bateaux pour essayer d'y répondre ! Et nous avons dû malheureusement refuser du monde en permanence tout l'été du fait de cet accès beaucoup trop limité à la jetée.

Sur l'ensemble du mois d'août de cette année nous n'avons pu assurer que treize jours seulement les navettes Arcachon – Cap Ferret et la balade autour de l'île aux oiseaux. Et nous n'avons pas pu faire venir de bateaux à la jetée d'Andernos du 31 juillet au 9 août !

Or nos passagers nous le disent, les gens en discutent : tous apprécient énormément ces journées où ils partent en bateau tôt le matin, font la balade autour de l'île, débarquent à Arcachon avec leur vélo pour se promener dans la ville ou vont simplement passer leur après midi sur la plage pour rentrer le soir avec la navette maritime.

C'est ce type de rotations que nous pourrions proposer à un rythme presque constant si un dragage important, mais suivi cette fois-ci d'un entretien léger mais régulier du chenal, était effectué.



Le plus fort est qu'il semble parfois que nous ayons mauvaise presse et que les gens du fond du Bassin croient que nous n'avons pas envie de venir les voir chez eux. Or au delà de l'intérêt économique évident, en discutant avec les bateliers habitués à venir à Andernos, on s'aperçoit d'un plaisir réel à venir là-bas. Souvent calme, à des heures plus proches des levers et couchers de soleil, la navigation y est souvent très agréable dans un paysage aux couleurs incroyables. Les passagers d'Andernos eux-mêmes semblent imprégnés cette douceur de vivre, l'ambiance est détendue à bord et de l'avis général des bateliers, les gens que nous transportons sur nos bateaux d'Andernos sont « cool et sympas ! ». 

Bref, les raisons sont légion pour essayer de faire bouger les choses et tenter rendre Andernos plus accessible que la ville ne l'est actuellement.

Sans avis définitif sur les détails techniques, il semble qu'il suffit de peu de chose pour faciliter, en creusant légèrement et régulièrement, des mouvements de circulation d'eau qui entretiendraient eux-mêmes le chenal. Le simple mouvement régulier de nos navires au cours de l'été a fait passer la hauteur d'eau au niveau de la jetée d'1m25 à 1m50 !

Nous sommes en pleine discussion, ou tentatives de discussions avec vos élus et nous espérons fortement être au rendez-vous dans de biens meilleures conditions l'année prochaine.