Mercredi 11 Novembre 2015

Le Banc d'Arguin : une merveille du Bassin

UBA

Le Banc d'Arguin tout le monde connaît, ou en a entendu parler. Il fait partie de cette liste de mots et d'expressions : le Cap Ferret, les Cabanes Tchanquées, la Dune du Pilat, Chez Hortense, l'Herbe, Le Moulleau, la Ville d'Hiver, la Villa Algérienne..., que l'on associe toujours au Bassin d'Arcachon. On le trouve en photo un peu partout et les visiteurs de la Dune du Pilat sont toujours émerveillés quand ils le voient, « pour de vrai », lorsqu'ils arrivent au sommet pour la première fois. Car c'est incontestablement du haut de la Dune que la vue sur cette merveille de la nature est la plus époustouflante.
    Mais le Banc d'Arguin c'est avant tout une île...
    Sans bateau, on se contentera seulement d'apprécier sa beauté du regard.
    Quelle frustration pour les millions de touristes qui visitent tous les ans la Dune, et pire encore, pour ceux qui ont choisi de passer leur vacances dans un des nombreux campings en contrebas de notre gros tas de sable local !
    Qui pourrait résister à la tentation d'aller passer un moment sur cette île de sable paradisiaque, si proche, qui bloque l'entrée du Bassin et s'étale langoureusement au pied de la Dune du Pilat ?
    C'est pour ces raisons que l'Uba a, depuis une quinzaine d'années, mis en place, l'été, une navette maritime qui part au pied de la Dune, au sud, et qui traverse les 800m du chenal pour emmener ses passagers sur le Banc.
    Bien entendu, dès les premiers jours de la mise en place de cette navette, quand le beau temps était de la partie, le succès fut au rendez-vous. Il a fallu très vite prévoir un bateau dédié qui assurait uniquement ces passages. Et ce succès s'est confirmé dans le temps. Cette année encore plusieurs milliers de touristes ont emprunté la navette « Dune du Pyla – Banc d'Arguin ».

    D'aucun nous diront, et nous ont dit ! « Mais qu'est-ce qu'on peut bien f... toute la journée sur un morceau de sable où il n'y a rien du tout ? » [sic]. Coluche aurait sans doute rajouté : « pas un troquet, pas une mobylette, rien ! La zone quoi ! ».
    À ceux-là nous répondrons d'essayer, de venir voir un jour de beau temps et de passer une journée sur cet endroit hors du temps et où l'on se sent si loin de tout.

    Le Banc d'Arguin, en plus d'être un tas de sable qui obstrue l'entrée du Bassin, est la plus grande île de sable d'Europe ! Rien de moins.
    Il n'est jamais recouvert par la marée, même pendant les tempêtes de l'Hiver, et a pu voir ainsi de la végétation se développer sur ses parties les plus centrales et les plus « hautes » (de la végétation dunaire, oyats, euphorbes, chardons...etc).
    Difficile de donner ses dimensions car, comme tout ce qui se trouve dans cette partie sud du Bassin, c'est un endroit qui évolue, se transforme, s'allonge, s'étire, se brise et se reconstruit inlassablement. L'an dernier (printemps 2013), les gardes de la Sepanso avait mesuré une longueur de 4,5 kilomètres sur quelques centaines de mètres de large.
    La Sepanso c'est la Société de Protection des Animaux du Sud-Ouest, l'association qui est en charge de la surveillance, de la gestion et de la protection de la Réserve Naturelle du Banc d'Arguin.
    Car oui le banc est aussi, et d'abord, une réserve naturelle. La Réserve été créée en 1972 après que quelques amoureux de la nature et quelques professionnels de l'environnement eurent repéré depuis quelques années la sédentarisation d'une colonie importante de sternes caugek.
    Les sternes, vous les connaissez sans doute, ce sont ces oiseaux blancs qui ressemblent, de loin, à des mouettes mais plus fines, plus gracieuses. Elle ont une espèce de casquette noire sur la tête, une petite queue fendue un peu comme celle des hirondelles, et un cri aigu, criard et... un peu énervant à la longue.
    Les sternes côtoient sur le banc beaucoup d'autres oiseaux, le Bassin est placé sur les grandes routes de migration des oiseaux qui naviguent entre le nord de l'Europe et l'Afrique.
    Et donc il a fallu faire quelque chose pour ces oiseaux qui avaient repéré là un endroit tranquille, inhabité mais qui ont vu arriver, au tournant des années soixante, de plus en plus de plaisanciers venus passer leur journée eux-aussi sur cet endroit sublime.
    La cohabitation y est parfois compliquée. Pendant les gros week-end d'Avril ou en juillet et surtout en août, les milliers de touristes et de bateaux qui viennent sur ou autour du Banc provoquent un stress important sur les oiseaux. Depuis plusieurs années déjà la Sepanso a mis en place une Zone de Protection Intégrale (ZPI) délimitée par des piquets en bois flotté, des ficelles et des petits panneaux, et à l'intérieur de laquelle les êtres humains sont considérés persona non grata.
    D'avril à novembre, les gardes de la Sepanso installent une cabane d'habitation dans cette ZPI, où ils séjournent par deux pendant une semaine à tour de rôle et depuis laquelle ils observent les oiseaux et surveillent les êtres humains, toujours un peu retors ! Malheur à celui qui s'aventure dans la ZPI ! Une forte amende est à la clé...
    Mais d'une manière générale, rares sont ceux qui pénètrent dans la zone, la tranquillité des oiseaux semble la plupart du temps respectée. Et tant mieux !
    Mais le banc est grand, on vous l'a dit. La réserve n'occupe qu'un petit espace au nord et n'empêche pas ceux qui s'y rendent de se promener librement et de trouver un endroit tranquille, sans personne.
    Le banc d'Arguin est un endroit merveilleux, une rencontre inattendue. Ses langues de sable s'enroulent presque à l'infini autour de lagons d'eau turquoise. Lorsque l'on prend la peine de le traverser dans sa largeur, on se retrouve du côté océan, face à la passe nord où le spectacle est toujours au rendez-vous, que ce soit le calme incroyable quand la marée descend ou le tumulte de la houle océane qui vient s'y briser lorsque la marée monte.
    En plus de sa cabane d'habitation, la Sepanso en a également installé une autre, au centre du banc de sable, à l'endroit où nos navettes débarquent leurs passagers. Car la protection des oiseaux ici ne passe pas seulement par la répression et les amendes. Les gardes ont aussi le souci de la prévention et de l'information.
    Prenez-le temps de passer une vingtaine de minutes dans cette cabane pour découvrir la faune, la flore et l'histoire du Banc d'Arguin. Tout y est présenté et clairement expliqué avec moult panneaux, affiches, plaquettes, photos, dessins, etc. L'association propose également une fois par semaine l'été des visites commentées passionnantes.
    Et ils ont raison les gardes de la Sepanso ! Quand on connaît, on aime. Et on respecte.
   
    Nous somme heureux à l'Uba de pouvoir proposer cette balade aux touristes qui viennent passer leurs vacances sur le Bassin d'Arcachon.
    Il serait somme toute fort injuste que seuls ceux qui ont leur propre bateau puisse profiter d'un tel endroit. Un des avantages du transport en commun c'est de pouvoir permettre à ceux qui n'en ont pas les moyens ou encore à ceux qui n'en sont pas capables et n'ont pas les connaissances suffisantes, de se déplacer. Nos bateaux ont d'une certaine façon démocratisé le Banc d'Arguin et permis à des gens qui n'auraient jamais pu s'y rendre, de profiter de ce trésor de la nature.
   
    Alors comment se rendre sur ce petit paradis ?
    Il y a d'abord bien sûr ces navettes Dune du Pilat – Banc d'Arguin dont nous avons parlées plus haut. Le départ se situe tout au sud de la Dune par la route de Biscarosse, juste avant le camping Panorama, au lieu-dit « Plage Robinson ». Si vous y allez, vous vous rappellerez de cet endroit sur la route qui permet de se retrouver en haut de la Dune sans avoir à l'escalader ! De là, vous traverserez sur quelques centaines de mètres une sorte de sous-bois qui vous fera arriver presque en haut de la Dune. Quelques dizaines de mètres de plus et vous aurez devant vous peut-être une des plus belles vues qui soit : l'océan Atlantique s'étale à l'infini sous vos yeux avec au premier plan à gauche, le Banc d'Arguin et un peu plus loin sur la droite, la presqu'île de Lège Cap Ferret.
    Vous continuerez à avancer et vous verrez en contrebas, sur la plage au pied de la Dune, une petite cabane, petite paillote locale aux airs de Robinson Crusoé. C'est là que vous pourrez acheter vos billets pour la traversée. Les bateaux arrivent en face de cette jolie cabane. Ne cherchez pas de quai ni de débarcadère ni quoi que ce soit. C'est interdit. La Dune est classée. Aucune construction fixe possible. Les bateaux viennent vous chercher en « beachant ». C'est-à-dire en posant l'avant sur le sable. L'embarquement se fait les pieds dans l'eau, grâce une échelle. Le débarquement sur le Banc s'effectuera de la même manière, pour les mêmes raisons.
   
    La première navette part de la Dune le matin à 11h. Suivent trois autres à 12h15, 14h et 15h. Dans l'autre sens, les départs du Banc d'Arguin se font à 12h15, 14h15, 15h15, 16h15 et 17h pour le dernier. Parfois, les jours de beau temps, les départs se font quasiment sans interruption le matin dans le sens des départs vers le Banc et l'après-midi à partir de 16h dans le sens des retours vers la Dune.
    D'autres bateaux de l'Uba vont amèneront également sur le Banc d'Arguin. Au départ cette fois directement d'Arcachon ou du Cap Ferret les mois d'été. Un départ le matin d'Arcachon à 11h, jetée Thiers et deux départs du Cap Ferret, à 10h et 11h30. Le départ du Banc, en fin de journée, a lieu dans tous les cas à 17h30. À noter que nous vous proposons également de vous rendre à la Dune du Pilat toute proche avec ces mêmes départs. Vous pourrez même combiner les deux destinations avec la « journée grand sud » qui permet de passer un moment sur la Dune puis de basculer vers le Banc d'Arguin en empruntant une des nombreuses navettes qui effectuent le passage de la Dune vers le banc, vous laissant le choix des horaires qui vous conviennent le mieux.

    Les journées de beau temps, ces journées sur le Banc d'Arguin sont un véritable bonheur. On se sent hors du temps ici, déconnecté de l'agitation de la période estivale dans notre région, pour peu cependant qu'on se donne la peine de marcher un peu dans le sable et se trouver un endroit un peu à l'écart de ces regroupements grégaires que semblent affectionner beaucoup de vacanciers quand ils se retrouvent sur une plage...
    Cette grande île de sable est un véritable paradis pour les enfants. Ils peuvent se « perdre » dans des « dunes » adaptées à leur taille. Se promener presque libres de contraintes dans un endroit où l'ambiance est familiale et détendue, et sans risque pour peu que les règles de baignade soient fixées à l'avance. L'aventure, si facile d'accès pour les enfants est ici pour eux toujours au rendez-vous. Les scénarios de pirates, d'aventuriers, de naufragés perdus sur son île déserte trouvent ici le décor parfait !
    Pour nous bateliers, le retour du Banc est toujours un moment agréable où l'on retrouve nos passagers du matin transformés. Ces navettes du soir dégagent toujours une ambiance de bien-être et de calme. Les visages sont tous éclairés par le soleil qui les a inondés toute la journée. Parmi les enfants, les plus jeunes ont leurs yeux qui, s'ils ne brillent pas, se ferment pendant ce retour, balancés par le roulis et le ronronnement des moteurs, écrasés de soleil et exténués par leurs courses folles sur les grandes étendues sableuses et leurs bains de mer prolongés dans ce paradis de leurs scénarios d'enfants. Les sourires semblent gravés sur des visages froissés par le vent, le sel, le sable et la mer. Ces navettes du soir, quelque part, nous renvoient une belle image de notre métier de batelier. Presque l'impression d'avoir apporté un petit moment de bonheur familial. C'est l'avantage de travailler dans ce Bassin qui offre tant de trésors si proches et inattendus. Il est facile de rendre les gens heureux et émerveillés ici. Pas de mérite !

    Nous nous tiendrons à l'écart des polémiques actuelles sur l'accès réglementé ou même interdit du Banc d'Arguin aux navires de plaisance et au public. Contentons nous juste de faire remarquer le plaisir et le bonheur que procurent cette excursion magique que nous offre le Bassin d'Arcachon. Le Banc d'Arguin est d'abord une réserve naturelle pour les oiseaux. C'est évident et il doit le rester. Et puis eux sont là toute l'année là où les hommes n'y viennent peut-être qu'une soixantaine de jours tout au plus.   
    Mais si les oiseaux ont bien le droit de profiter des miracles que nous offre la nature, quelle tour de passe-passe pourrait justifier d'interdire ces plaisirs aux êtres humains qui, quoique qu'on en dise, n'en restent pas moins eux aussi des habitants de cette planète avec autant de droits que les autres d'en explorer les merveilles... S'ils les respectent...